Rotary Club Paris Ouest

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Visite au club contact de Hamburg-Steintor Actualités "Le Rotary ne manque pas de souffle"

Klaus Hintzen a passé plusieurs années dans notre club dont il a assuré la présidence, avant son retour en Allemagne, il a fait cette conférence:




La France et l’Allemagne ou l’Hymne à l’Europe



Chers amis,


Cette conférence sera divisée en trois parties avec l’objectif de vous montrer :


  1. Le chemin déjà effectué des relations franco-allemandes les 25 dernières années


  1. Les obstacles toujours présents


  1. Les perspectives dans le contexte mondial.



1. Le passé


Je commence avec l’arrivée de la famille Hintzen en France au mois de juillet 1983 et les premières expériences dans sa vie privée et professionnelle. Vous pouvez facilement comparer cette période avec la situation actuelle et vous verrez que l’Europe et les relations politiques, sociales et culturelles du couple franco-allemand ont totalement changé.


En 1983, la France avait vécu déjà 2 ans de règne du Président François Mitterrand et d’un gouvernement socialo-communiste. Mitterrand avait décrété aux Français « Achetez français ». Cette proclamation a changé ma vie et la vie de toute ma famille.


Je travaillais tranquillement à Lübeck sur la mer Baltique, au bureau d’études d’une société du biomédical Dräger. Sa filiale française allait très mal, car les produits d’origine allemande étaient bien appréciés pour leur qualité, mais invendables aux hôpitaux français. Ils coûtaient chers et ils n’étaient pas fabriqués en France.

Le remède a été vite trouvé : créer une Joint Venture (une société commune) avec un concurrent français et, délocaliser une partie de la fabrication en France. Cette société  concurrente a été une filiale de Synthélabo, elle-même filiale de l’Oréal. Robert & Carrière - Dräger s’est constituée. Ma maison-mère cherchait un directeur technique pour cette nouvelle société. Il a été trouvé, c’était moi.


La famille avait accepté l’expatriation et en juillet 1983 nous sommes partis pour vivre un ou deux ans en France. Pour joindre la France en voiture, il fallait quitter l’Allemagne à Aix la Chapelle, traverser la Belgique et rentrer au Nord de Valenciennes sur le territoire français. Nous devions alors passer deux fois un contrôle d’identité et de douane. A chaque pause nous avons payé soit en Franc belge ou en Franc français. L’espace Schengen et l’Euro n’existait pas encore !


Une fois implantés en France, toute l’administration française nous attendait : Le service de mines pour la francisation des 2 voitures (phares jaunes etc.) La préfecture pour la carte de séjour (valable 5 ans) et le permis de conduire français. Pour cela, il fallait avoir un compte bancaire; pour ouvrir un compte bancaire, il fallait un emploi; pour l’emploi, il fallait la carte de séjour et un compte bancaire. Grâce à un service spécial de Synthélabo, qui suivait tous les expatriés du groupe, ce casse-tête a pu être résolu en un an. Aujourd’hui, la carte de séjour n’existe plus pour les membres de la CEE, le permis de conduire allemand est accepté en France et vis versa et, presque tous les membres de la CEE ont le droit de s’installer sans conditions dans un pays de la communauté européenne.


Regardons la situation politique en France et son influence sur ma vie professionnelle en 1983 :


L’Euro, bien sûr, n’existait pas; la France avait l’habitude de dévaluer périodiquement le franc, d’accepter un taux d’inflation gigantesque et, avait de plus installé le contrôle des flux monétaires afin d’éviter la fuite d’argent. C’était l’obstacle permanent à l’importation des produits allemands à des prix raisonnables. Tous les responsables des filiales françaises des groupes allemands avaient les mêmes problèmes. La préoccupation quotidienne était le taux d’échange Franc-Deutsche Mark et la recherche de la méthode à éviter des pertes directement liées.

Par conséquent, 2 cercles franco-allemands ont été créés l’Industriekreis (Banques et Industrie lourde) et Wirtschaftskreis 85 (Banques, Assurances, Commerce et PME). Ces cercles donnaient une fois par mois, lors d’un déjeuner offert par un des membres, l’occasion d’échanger des expériences des différentes sociétés et d’appliquer des réactions similaires aux menaces.

Aujourd’hui, vous ne pouvez plus imaginer ce scénario. C’était grotesque, le marché, la R&D, les produits, la structure commerciale et autres sujets essentiels d’une société de commerce ou d’industrie étaient secondaires. L’influence politico-monétaire était dominante et préoccupante.


A ce temps, les Présidents ou Gérants des filiales françaises étaient tous d’origine allemande – les responsables en Allemagne ne désignaient pour les filiales que du personnel du sérail. Aujourd’hui la situation s’est renversée. Il y a encore quelques dinosaures allemands, mais le principe d’embaucher un Français pour sa filiale française est appliqué presque à 100%. Aujourd’hui, tout le monde regarde son marché et ses clients et le représentant d’un groupe allemand en France doit être un homme ou une femme du pays.


La deuxième arme de protectionnisme industriel de cette période s’appelait « homologation » ; surtout dans ma profession du biomédical: 2 ans minimum étaient nécessaires pour faire homologuer un appareil biomédical (comme respirateurs, appareils d’anesthésie, couveuses ou appareils de surveillance), même s’il était déjà homologué dans tous les autres pays du monde.

Je vous donne un aperçu de la méthode appliquée. Il y a pour toutes les applications médicales des définitions et des abréviations standardisées. Par exemple le traitement de l’apnée du sommeil par un appareil qui à travers un masque augmente la pression dans les voies respiratoires afin d’éviter le ronflement et par conséquent les apnées longues. Partout dans le monde cette méthode s’appelle CPAP (Continous Positive Airway Pressure). En France on parlait de PPC (Pression Positive Continue). Ceci avait une conséquence pour l’homologation : Il était interdit de marquer CPAP sur l’appareil, il fallait marquer PPC et il était nécessaire d’établir une ligne exclusive de fabrication dans notre société en Allemagne pour la France. Vous imaginez les coûts supplémentaires. D’autre part, cette exigence compliquait gravement aux sociétés françaises du biomédical l’exportation.

Mais une deuxième conséquence était beaucoup plus désastreuse pour le corps médical français. Les publications françaises étaient incompréhensibles pour le reste du monde.

Aujourd’hui, nous pouvons constater que ce protectionnisme a détruit une grande partie de l’industrie biomédicale en France. Il n’y a plus de producteur d’appareils d’imagerie, d’urgence ou de réanimation et, pour communiquer correctement avec leurs collègues étrangers, dans beaucoup de disciplines les termes internationaux sont devenus la règle.


Ces formes de comportement protectionnistes n’étaient certainement pas spécifiques à la France en 1983, mais aucun autre pays en Europe n'avait des mécanismes si pointus et radicaux.


On peut constater, l’Europe a quand-même changé d’une manière extraordinaire le paysage par l’ouverture aux produits, mais aussi aux personnes des marchés de la communauté européenne. Il faut périodiquement se souvenir de ces changements afin d’apprécier ce « monstre bruxellois ». En tout cas, nos enfants ne se rendent plus compte du séisme politique et industriel fructueux depuis 25 ans.



2. Les obstacles actuels


Après cette introduction fondée sur mon expérience personnelle, j’aimerais vous donner une présentation d’un Allemand devenu Français travaillant depuis plus de 20 ans en France qui doit expliquer à son supérieur en Allemagne la France par rapport à l’Allemagne. Il est possible, que je rappelle quelques faits déjà présentés lors de ma conférence au club en 2002. Si s’est le cas, je vous demande de bien vouloir m’excuser, mais cela signifiera aussi que depuis 6 ans la position de la France et/ou de l’Allemagne n’a pas changé.


Les deux pays représentent 1/3 du PIB de la Communauté Européenne (la moitié en 2002 !). La France est (encore) la 6ème et l’Allemagne (encore) la 3ème puissance économique du monde. Les 2 pays (avec la Grande-Bretagne) assurent le poids économique et politique de l’Europe. Les deux sont condamnés à s’entendre et à coopérer étroitement afin de sécuriser leur position vis à vis des actuelles et nouvelles puissances comme les Etats Unis, la Chine et l’Inde.


Mais c’est difficile; les différences culturelles ne sont pas négligeables, car elles s’expliquent par l’histoire très différente de chaque pays et elles déterminent encore aujourd’hui le comportement de l’Etat et des corporations.



La France - un état fort et centralisé

L’Allemagne - un état minimal et  fédéral


·        La France emploie 50% plus de fonctionnaires que l’Allemagne par rapport à sa population


·        Les dépenses de l'Etat français représentent 54% du PIB, en l’Allemagne 48%


·        L’éducation nationale est le plus grand employeur de la France et ses syndicats puissants refusent tout changement ou réforme, en Allemagne l’éducation est décidée au niveau des Länder, un mammouth fort n’existe pas


·        Le centralisme français a permis de réaliser des très grands projets (souvent en partenariat avec l’Allemagne) comme l’Ariane, l’Airbus, le TGV. Ceci est très difficile à mettre en œuvre en Allemagne


La France - des syndicats politisés et les partenaires sociaux contrôlés par l’Etat

L’Allemagne - des syndicats de branches et partenaires sociaux indépendants


·        En France 5% de la population active sont syndiqués, dont 80% du service public, en Allemagne 20% de la population active, dont 1/3 du service public


·        La France est le seul pays qui a légiféré le temps de travail hebdomadaire, en Allemagne ceci est décidé par les partenaires sociaux


La France - un service public très fort

L’Allemagne - un service public en grande partie dirigé par les Länder


·        En France le service public syndiqué bloque souvent les réformes essentielles. En Allemagne les fonctionnaires n’ont pas le droit de grève et les grèves concernent pratiquement toujours des questions de travail


La France - un système social généralisé

L’Allemagne - une concurrence relative des organismes sociaux publics et privés


·        La sécurité sociale n’a pas suffisamment de pression d’amélioration et est éternellement en déficit, en Allemagne un certain degré de concurrence permet aux organismes de faire un benchmarking et au client de changer de caisse maladie un cas d’insatisfaction


La France - des très grandes sociétés et une politique industrielle développée

L’Allemagne - le « Mittelstand » et peu d’interventionnisme industriel


·        L’Etat français est propriétaire ou actionnaire important de quelques leaders mondiaux dans certains domaines jugés stratégiques par l’Etat, par exemple EDF, GDF, La Poste, France Télécom, Areva, EADS, SNCF etc., mais il y a aussi des groupes d’excellence indépendants Total, Sanofi-Aventis, Lafarge; en Allemagne uniquement Die Post, Deutsche Telekom et Deutsche Bahn sont encore plus au moins jugés stratégiques, les autres leaders comme Daimler-Benz, Siemens, Bosch etc. sont beaucoup plus indépendants et le Mittelstand, c’est à dire des sociétés très souvent familiales ou sous forme de fondation avec des chiffres d’affaires entre 1 et 3 milliards d’€ assurent la grosse masse d’emploi et du PIB.


La France - une tendance socialiste généralisée

L’Allemagne - l’économie sociale du marché


·        En France existe encore un parti qui défend le communisme et un autre qui réclame le socialisme en niant l’économie de marché, en Allemagne les sociaux démocrates cherchent à bannir ces deux mots. Seule le parti Die Linke (La Gauche) regroupe les anciens communistes de l’Est et les socialistes militants du SPD de l’Ouest.


·        En France 90% de l’impôt sur le revenu est payé par 5% de contribuables et 50% ne paie pas d’impôt sur le revenu, en Allemagne 80% est payé par 20% et 1/3 ne paie pas d’impôt


La France - un patriotisme développé

L’Allemagne - une méfiance historique du nationalisme et la nostalgie des Etats Unis d’Europe


·        « La Grande Nation » en France et en Allemagne une recherche d’identité encore aujourd’hui, 18 ans après la réunification

·        Les Français restent en France pendant les vacances, les Allemands découvrent le monde

·        La protection d’une manière drastique de la langue française (Loi « Mr. Allgood »), combinée avec une réticence d’apprendre une autre langue en France et l’intégration dans le langage quotidien des anglicismes par une grande partie de la population allemande (c’est chic !)


La France – préférence souvent de la forme au fond

L’Allemagne – négligence de la forme


·        Le défilé du 14 juillet à comparer à la manifestation du jour de l’unité allemande du 3 octobre

·        Les discussions actuelles des médias français sur le thème « Nicolas et Carla » et sur le comportement d’un président de la République Française

·        Aussi à comparer : les allocutions ou les interviews « célébrés » du président de la République et les conférences de presse de la chancelière allemande


Pour terminer cette partie, j’aimerais vous donner quelques éléments sur les traits de caractère des Français et des Allemands et leurs comportement professionnel. Ces informations ont été développées par un cabinet spécialisé dans la formation interculturelle des sociétés mixtes franco-allemandes JPB :


Les craintes


Le Français craint

·        la monotonie

·        la limitation de sa propre zone d’action

·        des supérieurs confus

·        des partenaires plus malins que lui

·        de ne pas avoir assez de pouvoir

·        de perdre la face




L’Allemand craint

·        une situation instable

·        des demandes pas claires

·        des partenaires non prévisibles

·        des projets non rentables

·        d’être responsable d’un échec


Les joies


Le Français aime

·        être innovateur

·        réaliser des idées folles

·        être un génie

·        trouver des erreurs dans un concept

·        prendre des risques qui sont de vrais challenges


L’Allemand aime

·        être LE spécialiste, être l’expert

·        avoir des idées utiles

·        être fiable

·        systématiser et schématiser

·        éliminer les risques


Le succès


Succès pour un Français signifie

·        dépasser l’objectif

·        être le premier, le meilleur

·        avoir fait quelque chose d’original

·        avoir éliminé le concurrent

·        avoir obtenu les « lettres de noblesse »


Succès pour un Allemand signifie

·        réaliser son plan comme prévu

·        avoir une rentabilité raisonnable

·        avoir fait quelque chose d’utile

·        avoir fait quelque chose avec ses partenaires

·        avoir amélioré la qualité d’un produit


L’autorité et les règles

·        Un Français respecte l’autorité, mais défie les règles

(Il ne discute pas avec le policier, mais il ne respecte pas la limitation de vitesse)

·        Un Allemand défie l’autorité, mais suit les règles

(Il discute avec le policier, mais il respecte la limitation de vitesse)


Toutes ces comparaisons sont certainement un peu exagérées et caricaturales, mais en tant que Français, j’ai privilégié une forme expressive sans vouloir détourner le fond.


3. L’avenir


Vous avez certainement remarqué que je n’ai pas parlé des influences de la mondialisation. J’aimerais le faire maintenant en regardant les perspectives de l’avenir de mes deux pays.


L’ascension des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et encore d’autres forcera les pays européens à coopérer encore beaucoup plus qu’aujourd’hui. La politique financière, fiscale, énergétique, sociale et de la défense doit être coordonnée beaucoup plus étroitement. Cela signifie que les structures actuelles incrustées ne seront plus à l’hauteur des défis. Une harmonisation difficile et douloureuse est nécessaire entre la France et l’Allemagne.


Imaginez qu’il faut réconcilier :

·        le monde latin avec le monde germanique

·        le rationalisme avec le protestantisme

·        Descartes avec Luther

·        l’égoïsme individualiste avec l’égoïsme communautaire

·        l’état centralisateur avec l’état fédéral

·        les patrons et les syndicats avec le modèle social

·        les généralistes avec les spécialistes

et

·        l’organisation hiérarchique avec l’organisation matricielle


Pour moi, nous ne sommes qu’au début de ce processus de réconciliation, car les autres pays européens, c’est à dire 25 autres (actuellement !), devront aussi suivre cette adaptation et entre l’Irlande et la Bulgarie ou le Portugal et la Lituanie les différences sont certainement encore beaucoup plus grandes.


En plus, le pouvoir politique et économique de l’Europe et des Etats Unis diminue progressivement avec la mondialisation. Nous le savons, mais nous ne voulons pas reconnaître les conséquences. Notre président veut donner du pouvoir d’achat aux Français, Angela Merkel aimerait amortir les effets négatifs de la mondialisation. Les deux hésitent encore de nous dire la vérité : notre niveau de vie diminuera dans les années et décennies à venir. Les autres pays veulent aussi arriver à notre niveau de prospérité et ils se battent. Leurs armes sont la volonté de changement, l’envie de travail et la faim de réussite. Nos sociétés européennes ont presque oublié ces valeurs. Il faut que ça change !!


Quelle perspective pour le couple franco-allemand dans ce contexte ? Je serais content, si la définition de Brigitte Sauzay, l’interprète de François Mitterrand et d’Helmut Kohl et malheureusement décédée il y a quelques années, n’était plus juste :


Les Allemands aiment les Français mais ne les prennent pas vraiment au sérieux.

Les Français admirent les Allemands mais ne les « aiment » pas vraiment.

Les Français voudraient être pris au sérieux par les Allemands, et les Allemands voudraient être aimés par les Français.


Je vous ai préparé une liste de quelques organismes culturels, éducatifs et économiques franco-allemand importants à Paris. Ceci vous permettra de les approcher et de commencer ce processus indispensable d’intensification des connaissances mutuelles afin d’agir ensemble et d’adapter mes deux pays aux exigences du XXIème siècle.



Merci beaucoup, chers amis, pour votre attention et maintenant place à la discussion !



Liste des organismes franco-allemands :


Culture


Goethe Institut

17, Avenue d’Iéna

75116 Paris

01 44 43 92 30


Maison Heinrich Heine

Cité Internationale Universitaire de Paris

27c, Boulevard Jourdan

75014 Paris

01 44 16 13 00


Institut Historique Allemand

8, Rue Parc Royal

75003 Paris

01 42 71 32 51



Education


Deutsch Schule Paris

18, rue Pasteur

92210 Saint Cloud

01 46 02 85 68


Lycée Franco-Allemand

Rue Collin Mamet

78530 Buc

01 39 07 14 20



Economie


Chambre Franco-Allemand de Commerce et d’Industrie

18, Rue Ballard

75015 Paris

01 40 58 35 35




 

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