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Les conférenciers du Rotary Club Paris Ouest Actualités Le Prix du Travail Manuel


Pour la vingt-troisième année consécutive, le Rotary Club Paris Ouest a organisé un concours d'expression orale qui s'est déroulé le 13 février 2012 à la Mairie du XVIème arrondissement.



Afin d'encourager les jeunes à savoir s'exprimer en public en vue de leur vie professionnelle future, le Rotary Club Paris Ouest organise ce concours à l'intention des élèves de Première.


L'intervention doit durer dix minutes; le sujet est libre, en évitant toutefois les sujets purement descriptifs ou trop émotionnels. Le jury apprécie les candidats en fonction de leurs qualités d'élocution, de leur attitude, de leur présentation personnelle, de la clarté de leur expression, de la richesse du langage, de la rigueur de construction de l'exposé, de la force de l'argumentation et de l'utilisation efficace du temps imparti.


Mademoiselle Valentina Paniagua du Lycée Louis le Grand a remporté le premier prix pour son exposé : "Peut-on marcher dans la rue, comme si les autres n’y étaient pas ?"


Description de la rue aujourd’hui

Aujourd’hui j’aimerais vous parler d’une situation quelque peu étrange, notre attitude dans nos rues. Je vous propose de nous arrêter un instant le temps de voir ce qui se passe, dehors, entre les gens. Autant le dire tout de suite… pas grande chose. En tout cas, bien moins que ce qui pourrait se passer entre eux.

C’est pourquoi aujourd’hui je me demande: peut-on vraiment marcher dans la rue comme si les autres n’y étaient pas ? En effet, il semble parfois que nous marchions comme si nous étions seuls, et que nous n’apparaissions aux yeux des autres que lorsqu’il nous arrive de les déranger.

Les rues sont alors peuplées d’hommes seuls, indifférents à ce qui les entoure. Un observateur attentif, qui nous regarderait du haut d’une colline ou d’un hélicoptère nous trouverait bien inhumains et désabusés. Sans vouloir dire que nous soyons des œuvres d’art méritant d’être longuement contemplés, la rue pourrait être un bien singulier musée, au lieu d’être un simple couloir où les gens passent, la plupart du temps, sans se regarder.

Je ne saurais dire s’il s’agit réellement d’une indifférence totale aux inconnus, ou d’une peur irréfléchie ou bien, dans le meilleur des cas, d’une certaine pudeur qui empêcherait les gens d’interagir et de communiquer le plus naturellement possible. Ainsi il m’est arrivé de croiser un ami dans la rue, qui ne se serait jamais aperçu de ma présence si je ne lui étais pas rentré dedans, absorbés que nous étions par la beauté du trottoir. N’est-ce pas absurde ?

Trois raisons peuvent expliquer cette distance entre les passants

1) Tout d’abord l’indifférence en est la cause la plus probable et, pourtant, nous savons que la plupart des gens sont curieux et, si nous remarquons le succès des émissions de téléréalité, il est impossible de penser que chacun ne trouve d’intérêt que dans sa propre vie. Mais les émissions de téléréalité relèvent d’une apparence de réalité, et ce sont davantage des personnages que des personnes que nous y voyons. Et c’est peut-être cela qui les rend attirants car si c’était
vraiment la réalité d’une personne que nous cherchions, nous devrions trouver notre bonheur dans l’observation de ceux qui marchent dans la rue. Or, cela n’est pas le cas!

2) Ensuite il semblerait que nous nous fassions peur les uns aux autres et nous en sommes venus à craindre un sourire et un simple regard, tellement nous voulons éviter tout contact avec l’autre. Comme notre relation avec ces autres est quasi inexistante, cela les déshumanise à nos yeux et c’est ce qui nous permet de les oublier si facilement. Nous avons tendance à penser que nous sommes seuls dans la rue et que ceux qui nous entourent n’ont rien à voir avec notre vie.

3) Enfin, il y a évidemment un plaisir dans cette expérience de passants solitaires qu’il ne faut pas nier. Et certains ont pu fuir la « transparence » des campagnes, où tout le monde sait tout de tous, pour se réfugier dans l’anonymat des villes et y trouver une certaine tranquillité, sinon une liberté. 


Comment pourrions-nous changer cette situation ?

Sans vouloir faire de la rue un nouveau « facebook » où nous serions tous des « amis », ce qui serait invivable et donc pas souhaitable, pourquoi ne pas rendre à nos rues l’humanité qu’elles ont en quelque sorte perdue ?

Ainsi, j’aimerais vous inviter à réfléchir à la manière de changer notre attitude face aux passants, afin de leurs redonner une réalité et d’enrichir le contact que nous avons avec « ces autres » qui, aujourd’hui, nous indiffèrent et qui d’ailleurs nous le rendent très bien.

1) D’abord cet « autre », ne nous ressemble-t-il pas bien plus que nous ne le croyons ? En tant qu’habitants de la même ville, un grand nombre de choses devraient nous rassembler. Nous habitons à Paris et nous aimons flâner dans les petites rues ou dans les grands boulevards, voir les arbres des jardins changer de couleur.
Nous aimons notre ville, et tout ce qu’elle offre. Ceux qui marchent dans la même rue que nous connaissent peut-être les mêmes plaisirs et sont heureux d’habiter dans la ville, où nous-mêmes nous vivons. Cela devrait déjà nous faire sentir plus proches et nous pousser à l’échange, comme ces promeneurs dans les campagnes qui par  le seul fait de passer sur le même chemin se saluent tout naturellement par un geste ou par la parole.

2) Mais il faut adapter nos ambitions aux villes qui rassemblent un bien plus grand nombre de personnes que les chemins campagnards et dont les rythmes sont bien plus trépidants et fébriles. Si tout changement semble difficile, nous n’avons parfois qu’à l’envisager pour que certaines petites choses bougent. Des gestes, mêmes minimes, ne serait-ce qu’un croisement de regards, peuvent faire la différence entre des hommes qui ont une conscience de l’autre et ceux qui ne l’ont pas.

Pourquoi donc ne pas faire exister l’autre à nos yeux ? Nous savons que nous sommes tous des êtres humains sensibles à l’attention, au sourire et au regard.

Dans certains pays latino américains il suffit qu’une personne éternue pour que toute la rue s’exclame : salud ! (à vos souhaits !) Ici, la chose est devenue inimaginable et chacun reste seul avec son rhume. Ce geste peut sembler infime et pourtant il représente un premier pas vers l’autre. Chacun a le droit à notre politesse.

Mais revenons à cette ouverture aux autres, dans laquelle il faut en particulier inclure ceux qui vivent dans la rue. Si la plupart des passants se forcent presque à ne pas les voir, il faudrait au contraire leur montrer que nous sommes conscients de leur existence et de leurs difficultés. Ils sont des hommes aussi dignes que les autres, et tout geste qui s’adresserait à l’homme, et non pas « au pauvre », peut leur faire plaisir et leur rendre un peu de cette
dignité qu’ils pensent parfois avoir perdu. Ne serait-ce que s’arrêter pour leur parler un peu.

Je voudrais surtout insister sur le sourire et vous demander pourquoi lorsque nous croisons le regard de quelqu’un dans la rue, nous détournons le nôtre ? Cette personne est-elle effrayante ? Certainement pas! Alors pourquoi ne pas plutôt lui adresser un simple sourire ? vous me demanderez peut-être : Mais pourquoi lui sourire ? Eh bien imaginons que cette personne vienne de passer une journée difficile, cette attention peut lui apporter un minimum de douceur. Si la personne au contraire est heureuse et semble se sentir bien, nous pouvons par ce sourire partager pendant une seconde son bien-être. Notre vie serait ainsi multiple, et nous pourrions nous réjouir des petites joies de tous ou apaiser, même légèrement, les peines de chacun.

Cela peut vous sembler un brin idéaliste de croire qu’un sourire puisse apaiser une peine, et d’un inconnu en plus. Et pourtant, je suis persuadée qu’il n’y a rien de plus vrai. Une amie m’a un jour raconté qu’après une très mauvaise nouvelle, elle s’était assise sur un banc et s’était mise à pleurer. Une vieille femme était alors venue s’asseoir à côté d’elle et sans rien dire, juste en lui souriant et en l’accompagnant dans sa tristesse, elle avait réussi à l’apaiser. Mon amie y avait trouvé une consolation, et le fait qu’elle ne reverrait sans doute jamais cette femme lui avait donné la liberté de montrer sans pudeur ce qu’elle ressentait.

3) Ici se pose la question de l’empathie. Pouvons nous nous identifier à ce que ressentent les autres ? Dans les livres ou dans les films, cela nous semble tout naturel. Cela devrait l’être aussi dans la vie quotidienne. Dans la rue, autour de nous, des centaines de personnes vivent des expériences et éprouvent des sentiments comme au cinéma ou dans les romans, mais jamais il ne nous viendrait à l’idée de nous intéresser à elles. Comme si leur réalité les rendait tout a fait inintéressantes. Et pourtant, si l’empathie avec un personnage de fiction ne peut aller au-delà d’un sentiment, elle peut, dans la réalité, entrainer autre chose... Nous pouvons tenter de consoler, comme dans le cas de mon amie, ou amener un dialogue, et pourquoi pas une amitié. Dans certaines situations, nous n’avons pas besoin de bien connaître une personne pour instaurer avec elle un véritable dialogue. Et même, parfois, cela nous libère de nos inhibitions.

4) Enfin si c’est le mystère des personnages de fiction, et l’imaginaire qu’ils libèrent en nous, qui suscitent notre curiosité et attention nous pouvons nous-mêmes créer ces personnages lorsque nous sommes dans la rue.

En effet, rien qu’à partir de ce que nous voyons quand nous sommes dans la rue, notre imagination pourrait sauter sur l’occasion d’inventer à chaque inconnu
une vie tout aussi romanesque que dans les livres. Les passants sont, à eux seuls, des esquisses de personnages. D’ailleurs les multiples raisons pour lesquelles chacun traverse cette rue devraient déjà éveiller notre curiosité et nous pousser à inventer différents scénarios. C’est une des richesses de la ville, qu’il ne faut pas négliger ! 

5) Mais nous arrivons ici à l’aspect central de la question. Le plus souvent, lorsque nous marchons dehors, notre tête est bien trop remplie par toutes nos préoccupations pour que nous ayons réellement l’envie de nous intéresser aux autres. C’est pourquoi, il faudrait reconsidérer cette singulière activité. Marcher dans la rue n’est pas un entre-deux qui nous sépare de deux occupations mais un temps de vie que nous pouvons utiliser pour nous ouvrir aux autres et retrouver le sens de la cité.

Ainsi je pense, et j’espère vous avoir persuadé, qu’il est temps de revoir ensemble notre quotidien, car ce qui nous semble ordinaire peut être vécu avec émerveillement.

Nous devrions toujours rester disponibles à l’autre, et si nous ne sommes pas tous des « amis » nous pouvons tous faire preuve d’humanité, de souci d’autrui, et avec le sourire !



En 2011, six lycées participaient au concours:

  • Carnot
  • Henri IV
  • janson de Sailly
  • Louis le Grand
  • Sainte Marie de Neuilly
  • Stanislas


Le premier prix a été remporté par Mlle Cordélia de Brosses de Louis le Grand pour son exposé : "Faut-il raser la Tour Montparnasse ?"


En cliquant sur ce lien vous pouvez lire le texte de l'exposé



En 2010, le premier prix a été attribué à Mlle ELisabeth Raynal de Stanislas pour son exposé: "L'avenir des littéraires".


 

 

En 2009, Le premier prix a été attribué à Mlle Thaïs de Fouquières, de l'école Sainte Marie de Neuilly, pour son exposé: "La parité en politique" dans lequel elle prend position contre la parité telle qu'elle résulte de la loi actuelle.



















 

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